La parabole des talents
La parabole des talents signifie ceci : tout ce que nous possédons nous est confié par Dieu, et il attend qu'on le fasse fructifier, non qu'on le garde précieusement. Deux serviteurs font courageusement commerce de ce qui leur a été remis et entrent dans la joie de leur maître. Un troisième enfouit son don par crainte, et c'est sur son erreur que tout le récit se joue.
Jésus raconta cette histoire sur le mont des Oliviers, quelques jours avant sa mort, à des disciples qui lui demandaient à quoi ressemblerait son retour. Sa réponse n'était pas un calendrier. Il retourna la question vers eux : quand le maître rentrera chez lui, que trouvera-t-il que vous faites de ce qu'il a laissé entre vos mains ?
L'histoire racontée par Jésus
Un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l'un il remit cinq talents, à un autre deux, à un autre un seul, à chacun selon sa capacité. Puis il partit. Aucune consigne, aucun calendrier, aucune surveillance. Seulement l'argent et la confiance.
Le premier serviteur alla aussitôt faire commerce de ses cinq talents et en gagna cinq autres. Le second fit de même et doubla ses deux talents. Mais le troisième creusa un trou dans la terre et y cacha l'argent de son maître, où il resta, en sûreté mais sans rien produire, pendant des années.
Après un long temps, le maître revint et fit ses comptes. Aux deux premiers il adressa les mêmes paroles, parmi les plus chaleureuses des Évangiles :
« Bien, bon et fidèle serviteur ! Tu as été fidèle en peu de choses, je t'établirai sur beaucoup. Entre dans la joie de ton maître. » (Matthieu 25, 21)
Vint ensuite le troisième. Il rendit le talent unique, intact, et s'expliqua : « Maître, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes là où tu n'as pas semé. J'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Voici ce qui est à toi. » La réponse du maître est sévère. Le talent lui est retiré pour être donné à celui qui en a dix, et le serviteur inutile est jeté dans les ténèbres du dehors. Vous pouvez lire tout le récit en Matthieu 25, 14-30.
Ce qu'était réellement un talent
Le mot s'est déplacé au fil du temps. Nous entendons « talent » et pensons à une aptitude pour la musique ou les chiffres, et ce sens vient en réalité de cette parabole. Mais au premier siècle, le talent n'était pas une capacité. C'était une unité monétaire, et une somme écrasante.
Un talent valait environ six mille deniers, et un denier était le salaire journalier d'un ouvrier. Un seul talent représentait donc à peu près vingt ans de salaire. C'était aussi une masse considérable, entre 26 et 36 kilogrammes d'argent. Le troisième serviteur n'a pas glissé une pièce sous un matelas. Il a creusé la tombe d'une fortune, et il lui a fallu du dos pour le faire.
Faites le calcul et la parabole change de sens. Le serviteur qui a cinq talents tient entre les mains un siècle de salaires. Même le serviteur « le moins doté », celui que nous sommes tentés de plaindre, a reçu davantage que la plupart des gens de son temps n'auraient touché de toute une vie. Jésus ne décrit pas un maître qui donne des miettes. Il décrit un maître qui remet une richesse incalculable, puis s'en va en faisant confiance.
C'est le premier choc de la parabole, et il est facile de le manquer. Avant que quiconque soit jugé, chacun est largement confié. Quelle que soit la signification des talents, personne dans ce récit ne part de peu.
Ce que signifie la parabole des talents
Les Pères de l'Église ont lu les talents comme tout ce que Dieu confie à une âme. Pour saint Jean Chrysostome, ce sont toutes les forces que nous avons pour faire le bien : la richesse, la parole, les compétences, le temps, l'influence. D'autres y ont vu les grâces de la foi elle-même, la parole de Dieu remise à chacun dans une mesure qu'il n'a pas choisie. Les quantités diffèrent, et la parabole le dit sans détour. Ce qui ne change pas, c'est l'attente.
Remarquez que les deux premiers serviteurs reçoivent exactement la même louange. L'homme qui a fait deux talents entend le même « bien » que celui qui en a fait cinq. Le maître ne les compare jamais entre eux, seulement à ce qui leur a été donné. Dans ce récit, Dieu ne juge pas au volume. Il regarde ce qui a été risqué, non ce qui a été amassé.
Le troisième serviteur est le cœur de la parabole, parce que sa logique semble raisonnable. Il n'a rien perdu. Il n'a pris aucun risque. Il a rendu le dépôt intact, et dans n'importe quelle banque du monde ce serait un bilan irréprochable. Mais il agissait à partir d'un mensonge sur son maître, « un homme dur », et la peur bâtie sur ce mensonge s'est déguisée en prudence. Sa prudence n'était pas de l'humilité. C'était une accusation silencieuse, et un refus de faire confiance.
Voilà l'arithmétique étrange de la parabole : le don qu'on dépense se multiplie, et le don qu'on protège meurt. L'amour grandit en se donnant. La foi s'approfondit en se pratiquant au grand jour. La seule façon sûre de perdre ce que Dieu donne est de l'emballer avec soin et de le ranger en lieu sûr.
Les talents dans la tradition orientale et maronite
L'Orient chrétien a toujours entendu cette parabole comme un récit des fins dernières. Dans les Églises orientales, elle se lit lorsque l'année liturgique approche de son terme, au moment où les Évangiles se tournent vers la veille, les lampes et le Seigneur qui revient. L'année maronite se clôt de la même manière, avec des dimanches qui demandent si la maisonnée sera trouvée éveillée, et cette parabole appartient à ce mouvement final comme une cloche au soir.
Les Pères syriaques, héritiers de la langue que Jésus parlait lui-même, aimaient l'image du trésor confié aux petits. Saint Éphrem le Syrien chantait l'Écriture comme un trésor que nul ne peut épuiser, où chaque lecteur emporte des richesses sans que le fonds s'appauvrisse. Lue à côté de cette image, la parabole se détend d'un côté et se resserre de l'autre : le don est inépuisable, donc la seule véritable pauvreté est de le laisser enfoui.
Il y a ici une résonance maronite difficile à manquer. L'Église maronite est une petite Église à qui un dépôt a été confié : la foi des apôtres, portée dans la prière syriaque et dans les Écritures peshitta, à travers quatorze siècles d'épreuves dans la montagne. Elle aurait pu l'enfouir pour le mettre à l'abri. Elle l'a au contraire fait fructifier, génération après génération, dans les monastères et les villages, puis à travers une diaspora répandue dans le monde entier, et le talent unique est devenu plusieurs. Un Maronite qui entend cette parabole entend l'histoire de sa famille.
Vivre la parabole dans une semaine ordinaire
La parabole cesse d'être ancienne au moment où l'on se demande à quoi ressemble l'enfouissement un mardi ordinaire. Il ressemble au talent jamais proposé parce qu'un autre le fait mieux. À l'appel téléphonique à un parent seul, toujours reporté, parce que cela ne changerait rien. À la foi gardée secrète pendant des années, non par malveillance, mais par crainte de se tromper.
La parabole ne demande pas d'héroïsme. Les serviteurs n'ont pas reçu l'ordre de conquérir des marchés, seulement de faire commerce avec ce qui était entre leurs mains. L'échelle est volontairement modeste : une conversation honnête sur Dieu cette semaine. Une heure de votre savoir-faire réel offerte à quelqu'un qui ne peut pas le payer. Un don que vous gardez depuis longtemps, nommé dans la prière puis utilisé une fois.
Et si l'image que se fait le troisième serviteur de Dieu vous est familière, si quelque part en vous vous soupçonnez aussi un maître dur qui attend votre échec, laissez la parabole corriger ce portrait. C'est un maître qui confie une fortune à des serviteurs et s'en va en leur faisant confiance, et dont le désir le plus profond, à la fin, est de partager sa propre joie. Craindre ce maître, c'est craindre une rumeur. Les serviteurs qui le connaissaient le mieux ont le plus osé.
Questions fréquentes
Quel est le message principal de la parabole des talents ?
Que tout ce que nous avons nous est confié et non possédé, et que Dieu attend que ses dons soient mis au travail plutôt que protégés. Les deux serviteurs fidèles font commerce de ce qu'ils ont reçu et entendent les mêmes paroles d'accueil. Le troisième enfouit le sien par crainte et perd même ce qu'il avait. La grâce grandit quand on la dépense et meurt quand on l'amasse.
Que représente le talent ?
Dans la parabole, le talent est une somme d'argent énorme, environ vingt ans de salaire d'un ouvrier. Les Pères de l'Église ont lu les talents comme tout ce que Dieu confie à une personne : les aptitudes naturelles, la foi elle-même, le temps, les occasions d'aimer et la parole de Dieu. Notre mot moderne talent, au sens de don ou d'aptitude, vient directement de cette parabole.
Pourquoi le troisième serviteur est-il puni ?
Non pour avoir perdu de l'argent, car il n'a rien perdu. Il est condamné pour n'avoir rien fait, et pour la fausse image de son maître qui l'a poussé à l'inaction. Il appelle son maître un homme dur et agit par crainte plutôt que par confiance. L'avertissement de la parabole est qu'une image déformée de Dieu produit une vie paralysée, et qu'enfouir un don n'est pas une sécurité mais un refus.
Quelle est la différence entre les talents et les mines ?
Matthieu 25 raconte trois serviteurs qui reçoivent cinq, deux et un talent selon leur capacité. Luc 19 rapporte une histoire voisine : dix serviteurs reçoivent chacun une mine, une somme bien moindre, d'environ trois mois de salaire, pendant qu'un noble part recevoir un royaume. Ce sont deux versions d'un même enseignement : le Seigneur confie, s'en va et revient, et ce qui compte est ce que ses serviteurs ont fait entre-temps.
La parabole des talents parle-t-elle d'argent ?
L'argent est l'image, non le propos. Jésus place ce récit entre la parabole des dix vierges et le jugement des nations, dans une section entièrement consacrée à la fidélité au moment de son retour. Les talents désignent chaque don de Dieu, et le commerce désigne une vie consacrée à faire fructifier ces dons dans l'amour. La parabole demande ce que nous avons fait de ce qui nous a été donné, non ce que nous avons gagné.
Voir aussi : La parabole du semeur. La parabole du grain de moutarde. La parabole de la brebis perdue. La parabole du fils prodigue. Le Liban dans la Bible.