La Parabole de la Brebis perdue

La parabole de la brebis perdue ne compte qu'une seule phrase, et elle console les hommes depuis deux mille ans. Un berger possède cent brebis. L'une s'égare, et il laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres pour aller la chercher.

Jésus la raconta à des hommes religieux scandalisés qu'il mange avec des pécheurs. Luc la rapporte au chapitre 15, où elle ouvre le grand triptyque des choses perdues : une brebis perdue, une pièce perdue et un fils perdu. Matthieu la rapporte à nouveau au chapitre 18, et c'est un petit récit qui contient tout l'Évangile.

Un récit ancré dans le pays des bergers

Pour la plupart des lecteurs d'aujourd'hui, le berger est une image de carte pieuse. Dans les hautes vallées du Liban, c'était un travail ordinaire : des familles gardaient de petits troupeaux sur les pentes pierreuses et connaissaient chaque bête de vue, comme on connaît les visages autour de sa propre table.

Cela mérite d'être rappelé, car le berger le plus aimé de l'histoire maronite moderne était un vrai berger. Avant de devenir Saint Charbel, il s'appelait Youssef Makhlouf, un garçon de Bekaa Kafra, le village le plus haut du Liban, assis sous les Cèdres à l'orée de la gorge de la Qadisha. Son père mourut quand il avait trois ans, et le petit troupeau de la famille lui fut confié.

Le garçon passait ses journées sur le flanc de la montagne avec le troupeau, et pendant que les bêtes broutaient, il se glissait dans une petite grotte pour prier devant une icône de la Vierge. Les villageois appelaient cet endroit son ermitage bien avant qu'il ne devienne ermite. Quand Youssef entendait cette parabole lue à l'église, il n'avait rien à imaginer : il savait ce que coûte une bête égarée à une famille pauvre, et le terrain qu'un berger doit traverser pour la ramener.

Celle qui s'est éloignée

« Lequel d'entre vous, dit Jésus, ayant cent brebis et en perdant une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve ? » Il pose la question comme si la réponse allait de soi. Tout berger véritable irait.

Remarquez comment la brebis se perd. Elle ne se rebelle pas, comme le fils prodigue. Elle broute, la tête baissée, une touffe d'herbe après une autre, jusqu'à relever la tête et découvrir que le troupeau a disparu. La plupart de ceux qui s'éloignent de Dieu peuvent se reconnaître dans cette image. Il y eut rarement une seule décision spectaculaire, seulement une lente errance, une saison occupée après l'autre.

Le berger compte son troupeau à la fin de la journée et en trouve un de moins. Voici la première miséricorde de ce récit : l'absence est remarquée. Puis il laisse les quatre-vingt-dix-neuf et part dans les collines, dans l'obscurité, le vent et les ravins, et Jésus ajoute une expression qui porte tout le poids du récit : jusqu'à ce qu'il la retrouve.

Non pas jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Non pas jusqu'à ce que la recherche ne vaille plus la peine. Jusqu'à ce qu'il la retrouve.

Ramenée à la maison

Quand il retrouve la brebis, le berger ne la chasse pas devant lui à coups de bâton. Une brebis égarée est épuisée ; la peur l'a vidée de ses forces et elle se couche souvent sur place. Il la prend donc sur ses épaules, et Luc dit qu'il le fait dans la joie.

Puis il fait quelque chose de presque excessif. Il réunit ses amis et ses voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue. » Une seule bête, et tout le village est invité à se réjouir. Jésus tire lui-même la leçon : il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion.

Ce que signifie la parabole de la brebis perdue

Le berger, c'est le Christ. Il l'a dit clairement ailleurs : « Je suis le bon berger ; le bon berger donne sa vie pour ses brebis. » Dans ce récit, Dieu n'est pas un propriétaire qui compte ses pertes. C'est un berger qui sort de nuit pour une seule bête parce qu'elle est à lui, parce qu'elle a peur, et parce qu'aucun nombre de brebis en sécurité ne compense celle qui est dans le ravin.

Les Pères de l'Orient aimaient lire ce petit récit sur la plus grande toile possible. Dans la tradition syriaque que l'Église maronite prie, comme chez les Pères, de saint Irénée à saint Cyrille, la brebis perdue n'est pas un individu isolé mais l'ensemble du genre humain, égaré loin d'Éden dans le désert. Les quatre-vingt-dix-neuf laissés sur les hauteurs figurent les anges qui ne sont jamais tombés. Et la descente du berger dans les collines représente l'Incarnation elle-même : le Fils de Dieu quittant le ciel, traversant chaque crête qui le sépare de nous, pour retrouver l'unique troupeau perdu.

Lue ainsi, la brebis sur les épaules du berger est notre propre nature humaine, ramenée à la maison. Les premiers chrétiens l'ont compris d'instinct : dans les catacombes romaines, les plus anciennes images du Christ le montrent non pas trônant ni crucifié, mais en jeune berger portant une brebis sur les épaules, qui marche vers la maison.

Et la parabole corrige discrètement une idée que nous tenons pour acquise au sujet de la conversion. La brebis ne retrouve pas seule le chemin du retour ; elle est retrouvée. Sa seule part est de s'être égarée, et peut-être de bêler. C'est une image très orientale de la grâce : notre part est la sincérité du cri, et les épaules sont les siennes.

Celui qui vit loin de chez lui

Cette parabole a une tendresse particulière pour ceux qui vivent loin de leur lieu d'origine. Le peuple maronite connaît bien les troupeaux dispersés. Il y a plus de Libanais hors du Liban que dedans, et à Sydney, São Paulo, Paris ou Detroit vivent des personnes qui portent en elles un village de montagne que leurs enfants n'ont jamais vu.

La distance peut vous persuader, sans bruit, que vous avez disparu du décompte. La paroisse de vos grands-parents est loin, la langue de vos prières s'estompe, et il est facile de croire que la foi a continué sans vous. La parabole dit autre chose : le berger ne haussera pas les épaules, et celui qui vit loin de chez lui est précisément celui pour qui il sort.

Charbel lui-même quitta Bekaa Kafra à vingt-trois ans et ne revint jamais dans son village, auprès de sa mère ou du troupeau sur la colline. Pourtant, entre les mains de Dieu, le jeune berger est devenu le berger de millions de personnes. Le schéma tient : rien de ce qui est confié au Bon Berger ne se perd.

Prier avec cette parabole

C'est une bonne parabole à méditer lentement, car elle n'exige qu'un aveu sincère : que vous vous êtes égaré, ou que quelqu'un que vous aimez s'est égaré. Lisez Luc 15, 3-7 une fois, sans hâte. Puis cherchez-vous dans ce récit.

Si vous êtes celui qui s'est égaré, ne commencez pas par planifier tout le chemin du retour. La brebis ne le fait jamais. Criez simplement, avec vos mots ou par une courte prière de pardon, et laissez le fait d'être retrouvé être son œuvre. Une seule phrase sincère dans l'obscurité compte comme un bêlement, et l'ouïe du berger est très fine.

Si la personne qui s'est égarée est un être cher, un enfant, un frère, un ami qui s'est éloigné, priez cette parabole en prononçant son nom. Vous n'avez pas à traverser vous-même les ravins. Confiez-la au berger qui le fait, et croyez-le sur la manière dont l'histoire se termine d'ordinaire : avec la brebis sur ses épaules, et la joie.

Questions fréquentes

Quel est le message principal de la parabole de la brebis perdue ?

Que personne n'est mis de côté. Le berger ne pèse pas une brebis contre quatre-vingt-dix-neuf et n'accepte pas une perte jugée acceptable ; il part et cherche jusqu'à la retrouver, puis la ramène chez elle dans la joie. La parabole enseigne que Dieu cherche activement celui qui s'est égaré, et que le ciel célèbre chaque retour.

Où se trouve la parabole de la brebis perdue dans la Bible ?

Elle figure deux fois : en Luc 15, versets 3 à 7, et en Matthieu 18, versets 12 à 14. Chez Luc, elle ouvre un triptyque de paraboles sur les choses perdues, suivie de la pièce perdue et du fils prodigue. Chez Matthieu, Jésus la raconte pour mettre en garde contre le mépris des petits, en disant qu'il n'est pas dans la volonté du Père qu'un seul d'entre eux se perde.

Qui représente le berger dans la parabole ?

Le berger représente le Christ, qui s'est nommé le Bon Berger, celui qui donne sa vie pour ses brebis. Chaque détail de son comportement illustre la manière dont Dieu traite une personne qui s'est éloignée : il remarque l'absence, il laisse la majorité en sécurité, il cherche jusqu'à trouver et il ramène la brebis sur ses propres épaules.

Que représentent les quatre-vingt-dix-neuf brebis ?

En surface, ce sont les justes qui n'ont pas besoin de conversion, une ironie discrète adressée aux adversaires de Jésus. Beaucoup de Pères de l'Orient lisaient l'image sur une plus grande toile : les quatre-vingt-dix-neuf sont les anges qui ne sont jamais tombés, et l'unique brebis perdue est l'ensemble du genre humain, que le Fils de Dieu a quitté le ciel pour chercher. Dans cette lecture, la parabole est une miniature de l'Incarnation elle-même.

Pourquoi le berger porte-t-il la brebis sur ses épaules ?

Une brebis perdue est épuisée et se couche souvent, incapable de rentrer par ses propres moyens. Le berger la porte parce qu'elle ne peut pas se porter elle-même, et les premiers chrétiens aimaient ce détail : les plus anciennes images du Christ le montrent non pas sur la croix, mais en jeune berger portant une brebis sur les épaules. La grâce ne se contente pas d'indiquer le chemin du retour ; elle porte le poids du voyage.

Voir aussi : La Parabole du fils prodigue. La Parabole du semeur. L'histoire de Jonas. Saint Charbel Makhlouf. Bekaa Kafra, le village de Saint Charbel. Prière de pardon.

Écouter cette parabole pour la prière

L'application Charbel propose les paraboles de Jésus sous forme de méditations audio guidées, dans la voix de la tradition maronite.

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