Les Maronites au Canada

Le Canada abrite une communauté maronite depuis plus de cent quarante ans. Les premiers arrivants venaient des villages du Mont-Liban dans les années 1880, colporteurs et commerçants qui s'installèrent d'abord à Montréal, puis rayonnèrent vers les villes textiles du Québec, les régions minières de l'Ontario et les ceintures agricoles des Prairies. Aujourd'hui, l'Éparchie maronite Saint-Maron de Montréal dessert environ quatre-vingt-dix mille fidèles à travers le pays, avec la présence la plus dense à Montréal, Ottawa-Gatineau et dans la région du Grand Toronto. La communauté est bilingue par instinct : français au Québec, anglais en Ontario et dans l'Ouest, arabe à la maison, et syriaque dans la liturgie.

Cet article est un guide sur les Maronites au Canada : comment ils sont arrivés, où ils se sont installés, les paroisses et écoles qui ancrent la vie communautaire, et les institutions qui relient les Maronites canadiens à leur mère patrie et à leur tradition.

Trois vagues de migration

La première vague, des années 1880 à la Première Guerre mondiale, amena environ sept mille Libanais au Canada. Ils étaient presque entièrement chrétiens, principalement maronites et melkites, fuyant la pauvreté, la conscription ottomane et les massacres de 1860 encore vifs dans la mémoire familiale. Ils arrivèrent par le port de Québec et le port de Halifax, et beaucoup furent des colporteurs qui parcoururent les routes du Québec rural et des Maritimes avec de la mercerie, de la dentelle et des médailles religieuses dans une malle sur le dos. D'autres s'installèrent à Montréal le long de la rue Notre-Dame et sur le Plateau, ouvrant des magasins de tissus, des épiceries et des tailleurs.

La deuxième vague, des années 1950 au début des années 1970, fut plus importante et plus professionnelle. Le Liban était encore appelé la Suisse du Moyen-Orient, et ceux qui vinrent au Canada durant cette période étaient souvent des médecins, des ingénieurs, des étudiants universitaires et des entrepreneurs attirés par l'expansion des universités canadiennes et une économie d'après-guerre en plein essor. Ottawa, Montréal et Toronto grandirent en même temps.

La troisième vague fut la plus importante. La guerre civile libanaise (1975-1990) envoya plus de cinquante mille Libanais au Canada, la grande majorité d'entre eux chrétiens, et la grande majorité de ceux-ci maronites. Montréal et Sherbrooke en absorbèrent beaucoup ; Ottawa s'agrandit ; Toronto, Mississauga et Hamilton doublèrent et triplèrent leurs populations libanaises. Les programmes canadiens de réfugiés et de regroupement familial firent du pays l'une des destinations les plus accueillantes de la diaspora, et au début des années 1990, la communauté maronite avait atteint sa forme moderne.

L'Éparchie Saint-Maron de Montréal

Pendant la plus grande partie du XXe siècle, les Maronites canadiens furent desservis par des prêtres visiteurs du Liban ou des États-Unis. En 1982, le pape Jean-Paul II érigea l'Éparchie Saint-Maron de Montréal, un diocèse catholique oriental distinct couvrant tout le Canada. L'Éparchie est dirigée par un évêque qui est membre du Synode maronite à Bkerké et qui rend compte à la fois au Patriarche maronite et, à travers le Patriarche, à Rome.

Le siège est la Cathédrale Saint-Maron à Montréal. L'Éparchie supervise des paroisses de Halifax à Vancouver, avec la faculté canonique d'ordonner des prêtres, de consacrer des autels et d'administrer les sacrements maronites dans le rite syro-antiochien. Pour une famille maronite canadienne, l'Éparchie est l'institution qui certifie un prêtre, bénit un mariage et enterre les défunts dans le rite des pères.

Où vivent les Maronites au Canada

Montréal et le Québec

Montréal est le cœur historique et démographique de la vie maronite canadienne. La Cathédrale Saint-Maron dessert le cœur de la communauté, et des paroisses supplémentaires à Laval, Saint-Laurent et dans les banlieues étendent le réseau à travers l'île. La communauté maronite québécoise a également bâti des écoles qui enseignent le programme français aux côtés de la langue arabe et de la catéchèse maronite. La rue Jean-Talon et le quartier Parc-Extension sont depuis longtemps des couloirs libanais informels, et les boulangeries, épiceries et restaurants libanais y font office de lieux de rassemblement communautaire.

En dehors de Montréal, Sherbrooke, Québec et Trois-Rivières ont des paroisses maronites plus petites mais bien établies, souvent logées dans des bâtiments partagés avec des communautés catholiques romaines et desservies par l'Éparchie selon un calendrier tournant.

Ottawa et la Région de la Capitale Nationale

Ottawa possède l'une des communautés maronites les plus actives au Canada. La Paroisse maronite Saint-Charbel dessert des familles à travers la région de la capitale, et la communauté a historiquement été bien représentée dans la fonction publique fédérale, le corps diplomatique et les professions médicales et universitaires. La fête annuelle de Saint Charbel à la paroisse attire des fidèles de tout l'est de l'Ontario et de l'ouest du Québec.

Toronto et la région du Grand Toronto

Toronto et la RGT accueillent la plus grande population maronite anglophone du Canada. La Paroisse maronite Notre-Dame du Liban à Toronto et la Paroisse maronite Saint-Charbel à Mississauga sont les deux centres principaux, avec des communautés supplémentaires à Hamilton, London et dans les villes adjacentes à Ottawa. La communauté de la RGT est en moyenne plus jeune, a une proportion plus élevée de Maronites nés au Canada, et ses liturgies sont de plus en plus célébrées en anglais avec les anaphores syriaques et les hymnes arabes préservés pour la continuité.

L'Ouest canadien

La présence maronite dans l'Ouest canadien est plus petite mais vitale. Calgary, Edmonton et Vancouver accueillent toutes des communautés maronites desservies par l'Éparchie, se rassemblant souvent dans des églises catholiques romaines partagées avec un prêtre maronite en visite selon un cycle régulier. Les communautés sont typiquement plus jeunes, professionnellement concentrées et soudées.

Écoles, scouts et vie communautaire

Les paroisses ne sont que la moitié visible de la vie maronite canadienne. L'autre moitié passe par les écoles, les groupes de jeunes, les scouts et les associations culturelles qui maintiennent vivant le fil libanais à travers les générations.

Les écoles affiliées aux Maronites à Montréal enseignent le programme français du Québec aux côtés de la religion, de la langue arabe et de la musique liturgique maronite. Les Scouts libanais du Canada, liés au mouvement international du scoutisme libanais, organisent des camps, des retraites et des projets de service. Les groupes de jeunes basés en paroisse organisent des pèlerinages annuels au Liban, incluant souvent une visite à Annaya, à la Vallée de la Qadisha et à Harissa.

Les associations culturelles, dont certaines datent de la première vague de migration, organisent chaque 22 novembre des célébrations de la fête de l'indépendance, des dîners de fête pour Saint Charbel (24 juillet), Saint Maron (9 février) et Sainte Rafqa (23 mars), ainsi que des galas de collecte de fonds qui financent la construction d'églises au Liban.

La vie maronite en français et en anglais

La vie maronite canadienne est façonnée par le bilinguisme du pays. Les paroisses de Montréal et d'Ottawa célèbrent souvent le Qurbono (la Divine Liturgie maronite) dans un mélange de français, d'arabe et de syriaque. Les paroisses de Toronto et de l'Ouest célèbrent en anglais, en arabe et en syriaque. Les anaphores syriaques, les parties chantées qui portent le cœur enraciné dans l'araméen de la liturgie, sont préservées dans chaque paroisse. Il est fréquent qu'une famille assiste à une liturgie franco-arabe au Québec une semaine et à une liturgie anglo-arabe lors d'une visite chez des parents en Ontario la semaine suivante, le noyau syriaque gardant l'office reconnaissable dans les deux cas.

Les baptêmes, mariages et funérailles suivent le rite maronite, qui combine le baptême, la chrismation et la première communion en une seule cérémonie pour les nourrissons. Pour une description complète du rite, voir Les traditions du baptême maronite. Le mariage suit le Rite du Couronnement ; voir Les traditions du mariage maronite.

Lien avec le Liban

Les Maronites canadiens demeurent étroitement liés au Liban. Les voyages d'été vers les villages d'origine sont fréquents, et de nombreuses familles conservent des maisons à Bcharré, Ehden, Zgharta, Batroun ou dans le Kesrouan. Les fêtes patronales d'été dans les villages natals, en particulier Saint Charbel le 24 juillet et l'Assomption le 15 août, ramènent les familles canadiennes en grand nombre.

Les diocèses et paroisses canadiens ont été des contributeurs financiers significatifs au travail de l'Église maronite au Liban, en particulier durant la guerre civile, la guerre de 2006 et les suites de l'explosion du port de Beyrouth en 2020. Caritas Liban et le Patriarcat maronite reçoivent un soutien régulier des paroisses maronites canadiennes, et des villages individuels ont souvent des relations de jumelage paroissial avec leurs homologues canadiens.

La jeune génération

Il existe désormais une génération de Maronites nés au Canada dont la première langue est le français ou l'anglais, qui ont visité le Liban mais n'y vivent pas, et qui rencontrent l'identité maronite principalement à travers la paroisse, la famille et la fête patronale. Les paroisses à travers le Canada ont répondu par des supports catéchétiques en anglais et en français, des liturgies dédiées aux jeunes et, de plus en plus, des outils numériques. Des applications comme Charbel offrent des méditations guidées et des prières quotidiennes en anglais et en français avec des options en arabe et en dialecte libanais, permettant à un Maronite né au Canada de prier dans la langue dans laquelle il pense tout en gardant le fil du rite.

Questions fréquemment posées

Combien y a-t-il de Maronites au Canada ?

L'Éparchie maronite Saint-Maron de Montréal dessert environ quatre-vingt-dix mille catholiques maronites à travers le Canada. Le recensement canadien de 2021 a enregistré plus de 220 000 personnes d'origine libanaise, avec les plus fortes concentrations à Montréal, Ottawa-Gatineau et Toronto.

Où se trouve la cathédrale maronite au Canada ?

Le siège de l'Éparchie maronite du Canada est la Cathédrale Saint-Maron à Montréal. Elle ancre un réseau de paroisses de Halifax à Vancouver, avec la présence la plus dense à Montréal, Ottawa et dans la région du Grand Toronto.

Quand les Maronites libanais sont-ils venus au Canada ?

Les premiers migrants maronites et melkites arrivèrent dans les années 1880. Une plus grande vague d'après-guerre suivit dans les années 1950 et 1960, et la troisième et plus grande vague arriva pendant la guerre civile libanaise (1975-1990). L'Éparchie Saint-Maron de Montréal fut érigée par le Vatican en 1982.

Qu'est-ce que l'Église maronite ?

L'Église maronite est une Église catholique orientale en pleine communion avec Rome. Elle se rattache à Saint Maron, ermite syrien du IVe siècle, et sa liturgie est célébrée en syriaque, en arabe et dans la langue locale de chaque paroisse. Son Patriarche siège à Bkerké au Liban.

Où puis-je assister à une liturgie maronite au Canada ?

Des paroisses existent à Montréal, Laval, Ottawa, Toronto, Mississauga, Hamilton, London, Sherbrooke, Calgary, Edmonton et Vancouver, avec de plus petites communautés desservies par rotation ailleurs. L'Éparchie Saint-Maron de Montréal maintient la liste complète.

Voir aussi : Les Maronites aux États-Unis. Les Maronites en France. Les Maronites en Australie. Les Maronites au Brésil. Les Maronites au Liban. La tradition maronite.

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