Notre-Dame du Liban

Haut au-dessus de la baie de Jounieh, une statue de bronze de la Vierge Marie se dresse, les bras tendus vers la mer. Elle est couronnée, drapée dans un manteau flottant et peinte en blanc. À ses pieds, la Méditerranée s'incurve dans le port en contrebas. Derrière elle, les montagnes du Kesrouan s'élèvent vers les cèdres. Voici Notre-Dame du Liban à Harissa, le sanctuaire marial le plus visité du pays et l'un des repères religieux les plus emblématiques du Moyen-Orient.

Pour les catholiques maronites, Notre-Dame du Liban est plus qu'une statue. Elle est la patronne de la nation, invoquée en temps de guerre comme de paix, recherchée par les pèlerins en quête de guérison, de consolation ou simplement d'un moment de calme dans un pays qui a connu plus que sa part de troubles. Chaque jour, des visiteurs gravissent l'escalier en colimaçon jusqu'à la base de la statue, prient devant la petite chapelle à ses pieds et allument des cierges avec des intentions écrites sur des bouts de papier. Beaucoup sont chrétiens. Beaucoup ne le sont pas.

Harissa n'est pas un sanctuaire silencieux. Il est fréquenté, et le Téléférique depuis Jounieh amène un flux régulier de visiteurs avec appareils photo et guides touristiques. Mais même ici, au milieu de la foule, l'atmosphère conserve un poids reconnaissable. La statue, la mer, la montagne et les siècles de prière rassemblés sur cette colline se combinent en quelque chose que les visiteurs décrivent souvent comme impossible à mettre en mots.

La statue et la basilique

La statue de bronze de Notre-Dame du Liban fut fondue en France au début des années 1900 par le sculpteur Giscard de Lyon. Elle fut commandée par le Patriarche maronite Elias Hoayek pour marquer le cinquantième anniversaire du dogme de l'Immaculée Conception, que le pape Pie IX avait proclamé en 1854. La statue fut transportée au Liban par voie maritime, installée sur une tour de pierre au sommet de la colline de Harissa et inaugurée le 3 mai 1908.

La statue elle-même mesure environ 8,5 mètres de haut et pèse environ 15 tonnes. La Vierge est représentée les mains ouvertes et tendues, accueillant les pèlerins qui s'approchent d'en bas. La statue est peinte en blanc, ce qui lui donne une visibilité depuis le large et depuis l'autoroute côtière. La tour de pierre sur laquelle elle repose mesure environ 20 mètres de haut et est creuse, avec un étroit escalier en colimaçon qui monte à l'intérieur. Les pèlerins gravissent l'escalier pour atteindre une petite chapelle circulaire à la base de la statue.

Au pied de la tour se dresse la Basilique de Notre-Dame du Liban, une grande église moderne achevée dans les années 1990. La basilique fut conçue par l'architecte franco-libanais Pierre El Khoury et se distingue par son style contemporain : un toit élancé en forme de proue de navire, de grandes parois vitrées et un intérieur pouvant accueillir plusieurs milliers de fidèles. Le contraste entre l'ancienne tour de pierre avec sa statue blanche et la basilique moderne à ses côtés est délibéré. Le site est conçu pour porter à la fois la mémoire des origines du sanctuaire en 1908 et la vie continue de l'Église maronite d'aujourd'hui.

L'histoire du sanctuaire

La colline de Harissa est un lieu de présence chrétienne depuis des siècles. Des moines et des ermites vécurent dans les grottes environnantes durant la période ottomane, et de petites chapelles parsemaient le flanc de la montagne. La décision de placer un grand sanctuaire marial ici au tournant du XXe siècle était à la fois spirituelle et symbolique. L'Église maronite, sortant de décennies difficiles sous la domination ottomane et des conflits civils de 1860, voulait un signe visible du patronage marial sur le Liban.

Le Patriarche Elias Hoayek, qui commanda la statue, fut également une figure clé des efforts diplomatiques qui menèrent à la création du Grand Liban en 1920. Pour beaucoup de Libanais, la Vierge de Harissa devint associée à la naissance de l'État libanais moderne. Elle se dresse, dans la dévotion populaire, comme une sorte de gardienne du pays lui-même.

Le sanctuaire s'agrandit régulièrement au cours du XXe siècle. Les routes furent améliorées, le Téléférique ouvrit en 1965, et la basilique fut ajoutée dans les années 1990. Tout au long de la guerre civile libanaise (1975-1990), Harissa demeura un lieu de pèlerinage et de refuge. Beaucoup de Libanais parlent d'avoir prié à Notre-Dame du Liban durant les pires années de la guerre, demandant la sécurité de leurs familles et la paix pour leur pays.

En 1997, le pape Jean-Paul II visita le sanctuaire lors de sa visite pastorale au Liban. Il pria au pied de la statue et s'adressa à une foule de dizaines de milliers de personnes sur l'esplanade de la basilique. En 2012, le pape Benoît XVI visita également Harissa lors de son voyage apostolique au Liban. Les deux visites réaffirmèrent le statut du sanctuaire comme l'un des principaux sites marials de l'Orient chrétien.

La dévotion mariale au Liban

La dévotion à la Vierge Marie est tissée profondément dans le tissu du christianisme libanais. Chaque village a une chapelle ou une église dédiée à Notre-Dame sous un titre ou un autre : Notre-Dame des Champs, Notre-Dame du Blé, Notre-Dame de Bzommar, Notre-Dame de la Semence. Le mois de mai est consacré à la dévotion mariale, avec des rassemblements du soir pour le chapelet organisés dans les paroisses et les quartiers de tout le pays.

Dans ce paysage de dévotions locales, Notre-Dame du Liban à Harissa occupe une place unique. Elle est le sanctuaire marial national, la patronne du Liban, la figure à qui le pays entier est confié. Le titre « Sayyidat Loubnan » (Notre-Dame du Liban) porte à la fois un poids religieux et culturel. Il est invoqué aux moments d'importance nationale, des mariages aux crises politiques.

Les musulmans libanais tiennent également la Vierge Marie en haute estime. Dans le Coran, Maryam (Marie) est la seule femme mentionnée par son nom, et elle y est évoquée avec honneur comme la mère du prophète Issa (Jésus). De nombreux visiteurs musulmans viennent à Harissa pour prier devant la statue, allumer des cierges, ou simplement être présents sur le site. Cette dévotion partagée est l'une des caractéristiques remarquables de Notre-Dame du Liban et reflète la culture religieuse complexe du pays lui-même.

L'expérience du pèlerinage

Une visite à Harissa commence généralement au pied de la colline à Jounieh, où le Téléférique part de la route côtière. Le trajet en téléphérique dure environ neuf minutes et s'élève d'environ 650 mètres, passant au-dessus des toits de tuiles rouges, des forêts de pins et des vignobles en terrasses. Les vues depuis le téléphérique sur la baie de Jounieh comptent parmi les plus belles du Liban, en particulier en fin d'après-midi lorsque la lumière capte la mer.

Au sommet, une courte marche mène au complexe du sanctuaire. Les pèlerins gravissent généralement l'escalier en colimaçon à l'intérieur de la tour de pierre jusqu'à la petite chapelle à la base de la statue, où sont allumés des cierges et offertes des prières. La chapelle est minuscule, souvent bondée et silencieuse malgré le nombre de visiteurs. Depuis la plateforme d'observation au sommet, le panorama s'ouvre sur la baie vers Beyrouth au sud et les montagnes du Kesrouan au nord.

La Basilique de Notre-Dame du Liban accueille la Messe quotidiennement en arabe et en français. La Divine Liturgie maronite est célébrée selon la tradition antiochienne, avec certaines parties du service encore chantées en syriaque, la langue liturgique de l'Église maronite. Les confessions sont entendues en plusieurs langues, et la chapelle d'adoration perpétuelle du sanctuaire est ouverte aux visiteurs tout au long de la journée.

De nombreux pèlerins combinent une visite à Harissa avec un voyage au Monastère Saint-Maron d'Annaya, la demeure de Saint Charbel, à environ une heure plus au nord le long de la route côtière. Harissa et Annaya forment ensemble un circuit de pèlerinage maronite traditionnel : la Vierge Marie à la porte du Liban, et le saint ermite au cœur des montagnes.

Visiter Harissa aujourd'hui

Comment s'y rendre : Harissa se trouve à environ 20 kilomètres au nord de Beyrouth, soit environ 40 minutes de route via l'autoroute côtière jusqu'à Jounieh, puis en montée sur une route de montagne sinueuse. Le Téléférique depuis Jounieh est le moyen le plus pittoresque d'arriver et fonctionne tous les jours sauf le lundi. Un billet aller-retour est à prix modéré et s'achète à la station inférieure.

À voir : La statue de bronze et la tour de pierre, atteintes par un escalier en colimaçon à l'intérieur de la tour. La Basilique de Notre-Dame du Liban, avec la Messe quotidienne et la chapelle d'adoration. La petite chapelle à la base de la statue, où sont laissés des cierges et des intentions. Le point de vue panoramique dominant la baie de Jounieh. Un ensemble de chapelles représentant diverses traditions chrétiennes présentes sur le site, notamment melkite, arménienne et chaldéenne.

Horaires : Le sanctuaire est ouvert tous les jours du petit matin jusqu'au soir. Il n'y a pas de droits d'entrée. Une tenue modeste est attendue, car il s'agit d'un lieu de culte actif. Le Téléférique fonctionne généralement d'environ 10 h à 23 h, avec des horaires étendus en été.

Meilleure période pour visiter : Le premier dimanche de mai, jour de la fête de Notre-Dame du Liban, est le plus grand jour de pèlerinage de l'année. Le mois de mai entier voit une importante dévotion mariale et des rassemblements de prière du soir. Le printemps (avril à juin) et l'automne (septembre à octobre) offrent le temps le plus agréable. L'été est chaud mais venteux au sommet de la colline. L'hiver peut apporter de la pluie et des nuages bas qui obscurcissent la vue.

Combiner votre visite : Harissa est bien placée pour une exploration plus large. Jounieh en contrebas offre des restaurants, des cafés en front de mer et le point de départ du téléphérique. L'ancien port de Byblos est à un court trajet en voiture le long de la côte. Annaya et la route de pèlerinage de Saint Charbel se trouvent à environ une heure au nord. La Vallée de la Qadisha, la vallée sainte des moines maronites, est à environ deux heures au nord.

Questions fréquemment posées

Où se trouve Notre-Dame du Liban ?

Notre-Dame du Liban se trouve à Harissa, un village perché du district du Kesrouan au Mont-Liban, à environ 20 kilomètres au nord de Beyrouth. Le sanctuaire est situé à environ 650 mètres d'altitude, surplombant la baie de Jounieh et la mer Méditerranée. La ville la plus proche est Jounieh, d'où le Téléférique monte jusqu'au sanctuaire.

Qui a réalisé la statue de Notre-Dame du Liban ?

La statue de bronze fut fondue à Lyon, en France, par le sculpteur Giscard au début des années 1900. Elle fut commandée par le Patriarche maronite Elias Hoayek pour marquer le cinquantième anniversaire de la proclamation par le pape Pie IX du dogme de l'Immaculée Conception. La statue fut inaugurée à Harissa le 3 mai 1908.

Comment se rendre à Harissa depuis Beyrouth ?

Le moyen le plus rapide est en voiture ou en taxi : environ 40 minutes via l'autoroute côtière jusqu'à Jounieh, puis 15 minutes de montée sur la route de montagne. Le moyen le plus pittoresque est le Téléférique depuis Jounieh, qui prend neuf minutes et offre des vues panoramiques sur la baie. Des visites de pèlerinage organisées depuis Beyrouth incluent également Harissa comme arrêt principal.

Notre-Dame du Liban est-elle un sanctuaire maronite ou catholique ?

Notre-Dame du Liban est un sanctuaire catholique maronite, administré par le Patriarcat maronite en communion avec Rome. Cependant, il est visité par des chrétiens de toutes confessions, y compris des orthodoxes orientaux, des catholiques arméniens, chaldéens et latins. De nombreux musulmans libanais visitent également Harissa pour honorer la Vierge Marie, profondément respectée dans l'islam comme la mère du prophète Issa.

Quand est la fête de Notre-Dame du Liban ?

La fête de Notre-Dame du Liban est célébrée le premier dimanche de mai. C'est le plus grand jour de pèlerinage à Harissa, avec des dizaines de milliers de fidèles présents. La fête tombe dans le mois marial de mai, durant lequel les paroisses du Liban tiennent des rassemblements de chapelet du soir et des processions mariales.

Le pape Jean-Paul II a-t-il visité Harissa ?

Oui. Le pape Jean-Paul II a visité le sanctuaire de Notre-Dame du Liban en mai 1997 lors de sa visite pastorale au Liban. Il a prié au pied de la statue et s'est adressé à une foule de dizaines de milliers de personnes à la basilique. Le pape Benoît XVI a également visité Harissa en septembre 2012 lors de son voyage apostolique au Liban, signant au sanctuaire l'exhortation post-synodale « Ecclesia in Medio Oriente ».

Voir aussi : Monastère d'Annaya, la demeure de Saint Charbel. Vallée de la Qadisha, la vallée sainte des moines maronites. Saint Charbel Makhlouf. La tradition maronite.

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