Le corps incorrompu de Saint Charbel
Saint Charbel Makhlouf mourut le 24 décembre 1898, à son ermitage au-dessus du monastère Saint-Maron d'Annaya. Il avait soixante-dix ans et avait vécu les vingt-trois dernières années de sa vie en ermite, dans un silence presque total. Ce qu'il advint de son corps au cours des décennies suivantes est devenu l'un des phénomènes les mieux documentés de l'histoire catholique moderne.
Cet article raconte cette histoire sans détour. Il évoque l'étrange lumière sur sa tombe, les exhumations, le liquide semblable à du sang qui s'en écoula pendant environ soixante-sept ans, et le fait honnête que son corps finit bel et bien par se décomposer. La vérité est assez remarquable pour n'avoir besoin d'aucune exagération.
La mort d'un ermite
Le 16 décembre 1898, Saint Charbel fut frappé d'un accident vasculaire cérébral alors qu'il célébrait la Messe, au moment de l'élévation de l'Eucharistie. Il demeura huit jours en agonie et mourut la veille de Noël.
Ses frères moines l'enterrèrent selon la coutume de l'Ordre libanais maronite. Il n'y eut pas de cercueil. Son corps fut enveloppé dans son habit monastique et déposé à même la terre du cimetière du monastère. Il n'était, aux yeux du monde, qu'un moine obscur dans un monastère de montagne reculé.
La lumière sur la tombe
Dans les semaines qui suivirent l'inhumation, des moines et des villageois commencèrent à signaler une lumière insolite sur sa tombe, la nuit. Les récits décrivent une lueur visible des deux versants de la montagne, aperçue non pas une seule fois mais à maintes reprises, au fil de nombreuses nuits.
Les témoignages étaient persistants et provenaient de nombreux témoins. La nouvelle se répandit, et des pèlerins commencèrent à venir au cimetière. Après plusieurs mois de délibération, les supérieurs du monastère demandèrent aux autorités ecclésiastiques la permission d'ouvrir la tombe.
La première exhumation, 1899
La tombe fut ouverte au printemps 1899, environ quatre mois après sa mort. Ce que découvrirent les moines est le cœur de toute cette histoire.
De fortes pluies avaient inondé le cimetière à plusieurs reprises durant l'hiver. La tombe était gorgée d'eau, et le corps fut retrouvé flottant dans la boue. Pourtant, il n'était pas décomposé. Il était intact, les membres encore souples, les traits reconnaissables. Un liquide rougeâtre, semblable à du sang, en exsudait.
Le corps fut lavé, revêtu d'un habit neuf et transféré dans une chapelle du monastère. À partir de ce moment, l'écoulement du liquide ne cessa plus. Les moines disposèrent des linges autour du corps pour l'absorber, et ces linges furent remplacés encore et encore au fil des années.
Le liquide semblable à du sang
La substance qui s'écoulait du corps de Saint Charbel est l'un des traits les plus singuliers de son histoire. On la décrivit comme un mélange de sang et d'un fluide aqueux et huileux. Lorsqu'elle fut examinée par la suite, les analyses la comparèrent à du sérum sanguin associé à une huile légère.
L'écoulement était continu. Les sources rapportent qu'il se poursuivit pendant environ soixante-sept ans, de la première exhumation de 1899 jusqu'au milieu des années 1960. Les moines le recueillaient, et les pèlerins le recherchaient, car il fut rapidement associé à des récits de guérison.
C'est là l'origine de ce qu'on appelle souvent l'huile de Saint Charbel. Si vous souhaitez un récit plus complet de cette substance et de son usage comme sacramental, consultez notre article consacré à l'huile de Saint Charbel. L'Église la considère comme un signe qui accompagne la prière, et non comme un remède magique en soi.
Les exhumations au cours du XXe siècle
En raison des faits entourant le corps et de la dévotion grandissante, le tombeau fut ouvert et examiné plusieurs autres fois au cours des décennies suivantes. Ce n'étaient pas des événements anodins. Ils mobilisaient les autorités ecclésiastiques et, dans les cas ultérieurs, des médecins.
Un examen notable eut lieu en 1927, lorsque le corps fut placé dans un nouveau tombeau à l'intérieur du monastère. D'autres ouvertures suivirent en 1950, 1952 et 1955, les années entourant l'Année sainte et le rassemblement des preuves pour sa cause. Au fil de ces examens, le corps fut à maintes reprises trouvé préservé et souple, et le liquide continuait d'en exsuder.
Les récits ne sont pas parfaitement uniformes, comme on peut s'y attendre pour des examens distincts étalés sur un demi-siècle. Certains décrivent le corps comme parfaitement vivant ; d'autres notent qu'avec le temps il s'était assombri et desséché tout en demeurant intact et flexible. Ce sur quoi les documents s'accordent est l'essentiel : pendant des décennies, un corps enterré sans embaumement, en terre humide, ne se décomposa pas de manière ordinaire et continua de libérer le fluide.
L'exhumation de 1950, en particulier, attira des foules à Annaya et contribua à alimenter le mouvement vers sa béatification. C'est dans ce contexte que furent examinées les guérisons attribuées à son intercession. À ce sujet, voyez notre présentation des miracles de Saint Charbel et la liste des cas documentés, plus complète.
La vérité honnête : le corps s'est décomposé
Il serait facile, et faux, de dire que le corps de Saint Charbel demeure incorrompu aujourd'hui. Il ne l'est pas. Le récit honnête est plus émouvant que le mythe.
Le père Joseph Mahfouz, postulateur de la cause de Saint Charbel, témoigna que, lors de l'examen proche de la béatification en 1965, le corps était encore préservé et intact. Saint Charbel fut béatifié par le pape Paul VI le 5 décembre de cette année-là.
Après la béatification, la préservation prit fin. Lorsque le tombeau fut de nouveau ouvert en 1976, le corps avait subi une décomposition naturelle. Il ne restait que le squelette, les os décrits comme d'une couleur rougeâtre inhabituelle, et l'écoulement du liquide avait cessé.
Beaucoup de ceux qui aiment Saint Charbel voient un sens discret dans cette coïncidence. Tant que l'Église ne l'avait pas encore déclaré Bienheureux, le signe demeurait ; une fois la reconnaissance venue, il fut permis au corps de suivre la loi ordinaire de toute chair. Cette lecture relève de la dévotion, non de la doctrine. Ce qui est certain, c'est l'enchaînement des faits.
Ce que signifie l'incorruption dans la compréhension catholique
Il est utile de préciser ce qu'est et ce que n'est pas l'incorruption dans la tradition catholique. C'est l'observation d'un corps qui ne s'est pas décomposé par des processus naturels, parfois pendant de longues années, sans embaumement ni conservation artificielle.
L'Église considère un tel phénomène comme un signe possible pouvant orienter vers la sainteté. Il n'est jamais tenu pour une preuve de sainteté, et il n'est jamais une condition de la canonisation. De nombreux grands saints se sont décomposés normalement, et certains corps incorrompus appartiennent à des personnes qui ne furent jamais canonisées.
Pour Saint Charbel, l'incorruption prolongée et le liquide qui suintait firent partie de ce qui attira l'attention sur son tombeau. Mais sa canonisation reposa sur les guérisons examinées et approuvées par le Vatican, non sur l'état de son corps. Il fut déclaré saint de l'Église universelle par le pape Paul VI le 9 octobre 1977, un an après que le corps eut été trouvé décomposé.
Le tombeau aujourd'hui
Les restes de Saint Charbel sont vénérés aujourd'hui au monastère Saint-Maron d'Annaya. La chapelle qui abrite son tombeau est ouverte toute l'année, et des pèlerins viennent de tous les continents, de toutes les confessions. Les murs sont tapissés de photographies, de béquilles et de billets manuscrits d'action de grâce.
Le corps n'est peut-être plus incorrompu, mais le pèlerinage ne s'est pas ralenti. Les gens viennent prier, déposer leurs intentions et demander à Saint Charbel d'intercéder pour eux. Beaucoup rapportent chez eux un peu de l'huile bénie. Si vous demandez la guérison du corps ou de l'âme, vous pouvez réciter la prière de Saint Charbel pour la guérison.
L'histoire de ce corps n'est pas, au fond, celle d'une dépouille qui refusait de se décomposer. C'est l'histoire d'un moine silencieux dont la vie cachée continua de parler longtemps après sa mort, et qui attire encore des centaines de milliers de personnes à la prière. Pour découvrir l'homme lui-même, lisez la vie de Saint Charbel Makhlouf.
Questions fréquentes
Le corps de Saint Charbel est-il encore incorrompu ?
Non. Le corps de Saint Charbel est demeuré incorrompu pendant des décennies après sa mort en 1898, ce que confirmèrent des exhumations officielles répétées jusque dans les années 1950, et il était encore préservé lors du dernier examen proche de sa béatification en 1965. Après cela, le corps connut une décomposition normale, et lors de l'exhumation de 1976 il ne restait plus que le squelette. Ses ossements, d'une couleur rougeâtre inhabituelle, sont vénérés aujourd'hui au monastère Saint-Maron d'Annaya, qui attire toujours des pèlerins du monde entier.
Que s'est-il passé lorsque le corps de Saint Charbel a été exhumé ?
La première exhumation, au printemps 1899, fit suite à plusieurs semaines durant lesquelles une lumière mystérieuse fut aperçue sur sa tombe. Bien que de fortes pluies eussent inondé le cimetière à plusieurs reprises, le corps fut retrouvé intact et souple, flottant dans la boue, et exsudant un liquide semblable à du sang. Il fut transféré dans le monastère et examiné de nouveau au cours des décennies suivantes, notamment en 1927, 1950, 1952 et 1955. Chaque fois, le corps fut trouvé remarquablement préservé et le liquide continuait de s'écouler.
Qu'est-ce que le liquide qui s'écoulait du corps de Saint Charbel ?
À partir de l'exhumation de 1899, un liquide semblable à du sang s'écoula continuellement du corps de Saint Charbel. Les analyses le décrivirent comme ressemblant à du sérum sanguin mêlé à un fluide aqueux et huileux. Les moines le recueillaient sur des linges de coton, et il fut associé à de nombreuses guérisons rapportées. On l'appelle souvent l'huile de Saint Charbel. On rapporte que l'écoulement se poursuivit pendant environ soixante-sept ans et cessa à peu près au moment où le corps se décomposa enfin.
Quand Saint Charbel est-il mort ?
Saint Charbel Makhlouf mourut le 24 décembre 1898, à son ermitage au-dessus du monastère Saint-Maron d'Annaya, au Liban. Il avait soixante-dix ans. Il avait été frappé d'un accident vasculaire cérébral huit jours plus tôt, alors qu'il célébrait la Messe. Selon la coutume de son ordre, il fut enterré sans cercueil, enveloppé dans son habit monastique et déposé à même la terre du cimetière du monastère.
Pourquoi y avait-il une lumière sur la tombe de Saint Charbel ?
Dans les semaines qui suivirent son inhumation, des moines et des villageois rapportèrent une lumière éclatante brillant la nuit sur la tombe de Saint Charbel, visible des deux versants de la montagne. L'Église n'a jamais proposé d'explication naturelle. Les témoignages furent assez nombreux et persistants pour que les supérieurs du monastère demandent la permission d'ouvrir la tombe, ce qui conduisit à la première exhumation de 1899 et à la découverte du corps incorrompu.
Voir aussi : Saint Charbel Makhlouf. Les miracles de Saint Charbel. Liste des miracles documentés. L'huile de Saint Charbel. Le monastère d'Annaya. Prière de Saint Charbel pour la guérison.