Sainte Mariam Baouardy

Sainte Mariam Baouardy compte parmi les figures mystiques les plus extraordinaires de l'Église catholique moderne, et parmi les premières saintes canonisées du monde chrétien arabophone. Grecque melkite catholique née dans les collines de Galilée, elle entra dans un couvent carmélite français comme servante à peine alphabétisée et devint stigmatisée, extatique et fondatrice dont les empreintes reposent encore sur deux continents.

Les sœurs l'appelaient la Petite Arabe, la petite Arabe. Les papes l'ont appelée témoin du Saint-Esprit. Son histoire appartient à la Palestine, à la France, à l'Inde, et à tout chrétien qui s'est un jour senti petit devant Dieu.

Une enfance galiléenne écourtée

Mariam est née le 5 janvier 1846 à Ibillin, village des collines de Galilée, de parents grecs melkites catholiques dont les racines familiales remontaient au Liban et à la Syrie. Son père, Giries Baouardy, et sa mère, Mariam Chahyn, avaient déjà enterré douze fils avant sa naissance, et la tradition rapporte qu'ils firent un long chemin de pèlerinage jusqu'à Bethléem pour supplier la Vierge de leur accorder une fille. Elle fut baptisée dans le rite melkite et reçut le nom de Mariam, forme araméenne de Marie.

Ses deux parents moururent à quelques jours d'intervalle alors qu'elle avait trois ans. Un oncle paternel la recueillit, et un oncle maternel abrita son jeune frère ; les deux enfants ne se reverraient jamais en cette vie. L'oncle qui éleva Mariam finit par déménager sa famille à Alexandrie, en Égypte, où une communauté chrétienne arabophone florissait le long de la côte méditerranéenne.

Elle grandit à Alexandrie comme une enfant melkite fervente. Elle ne savait ni lire ni écrire. Elle était attirée par la prière, attirée par les pauvres, et connue dans la maison pour sa douceur. À treize ans, son oncle arrangea pour elle un mariage selon la coutume. Mariam refusa. Elle avait déjà promis son cœur au Christ.

Le miracle de la gorge guérie

Le refus mit en mouvement l'épisode le plus étrange de sa jeunesse. En septembre 1858, elle demanda à un serviteur musulman de la maison de porter une lettre à son jeune frère à Nazareth. Le serviteur, l'entendant expliquer son refus du mariage et sa foi chrétienne, tenta de la convaincre de se convertir à l'islam. Comme elle ne cédait pas, il entra en fureur et, dans un moment de rage aveugle, dégaina un sabre et lui trancha la gorge, puis traîna son corps dans une ruelle et la laissa pour morte.

Mariam décrivit plus tard ce dont elle se souvint ensuite dans le langage de la vision. Une femme vêtue de bleu, en qui elle reconnut la Vierge Marie, la ramena à la vie dans un lieu caché au cours des semaines suivantes, et referma la plaie de sa gorge de ses propres mains. Quand Mariam revint au monde, elle portait une fine cicatrice autour du cou pour le reste de sa vie, et les médecins qui l'examinèrent plus tard témoignèrent que son larynx portait la trace d'une blessure qui aurait dû la tuer.

Elle ne retourna jamais chez son oncle. Elle travailla comme servante à Alexandrie, puis à Jérusalem, puis à Beyrouth, et enfin embarqua sur un bateau pour Marseille. Elle était encore adolescente, encore illettrée, encore incapable de lire l'alphabet d'aucune langue, et elle portait déjà des dons qui allaient laisser les théologiens en quête de mots.

L'appel carmélitain

À Marseille, elle entra chez les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition comme postulante. La communauté aimait sa simplicité, mais les extases qui avaient commencé à la visiter effrayèrent la maîtresse des novices. Après deux ans, elle fut doucement relevée et encouragée à chercher un ordre plus strict et plus contemplatif.

Elle fut reçue chez les Carmélites déchaussées à Pau, dans le sud de la France, le 15 juin 1867. À sa vêture, elle prit le nom de Sœur Marie de Jésus Crucifié. Elle signait ses lettres, ses hymnes et ses prières dictées d'une phrase qui devint sa signature spirituelle : la petite rien.

Le Carmel de Pau vivait dans la tradition réformée de Thérèse d'Ávila et de Jean de la Croix. Cela lui convenait. Elle lavait la vaisselle, balayait les sols, travaillait à la buanderie, et entrait et sortait des extases en accomplissant les corvées les plus simples. Ses supérieures la trouvaient figée en pleine marche, une assiette encore à la main, le visage éclairé de l'intérieur.

Dons mystiques et stigmates

Quiconque lit les archives du Carmel de Pau y rencontre un catalogue déconcertant. Mariam éprouva les stigmates, les plaies visibles du Christ, à partir de 1867 et récurrentes les vendredis du Carême pour le reste de sa vie. Elle fut vue en lévitation, portée jusqu'aux plus hautes branches des tilleuls du jardin conventuel. Elle dicta des prières et des poèmes en arabe palestinien populaire qui furent transcrits par ses sœurs, puisqu'elle ne savait toujours pas écrire. Elle endura des assauts diaboliques qui la laissaient meurtrie, et de longues périodes de joie lumineuse qui remplissaient toute la communauté.

Sa plus grande dévotion était au Saint-Esprit. Ses écrits suggèrent qu'elle croyait que l'Église ne fleurirait que lorsque les chrétiens redécouvriraient la Troisième Personne de la Trinité, et elle pria avec insistance pour une fête publique du Saint-Esprit dans le calendrier latin. La tradition rapporte que ses pétitions à ce sujet furent transmises au pape Pie IX et contribuèrent à façonner la dévotion ultérieure au Saint-Esprit du pape Léon XIII.

Elle portait aussi des dons de prophétie, de discernement des cœurs, et de connaissance d'événements qui se produisaient au loin. Les sœurs consignèrent qu'elle pleurait sur la mort de missionnaires qu'elle n'avait jamais rencontrés, à l'heure même où ces missionnaires mouraient. Si vous souhaitez vous asseoir auprès d'un autre saint levantin dont la vie mystique se lit dans un registre semblable, passez une heure avec Saint Charbel Makhlouf, l'ermite maronite qui vécut et mourut au même siècle, dans les collines où sa propre famille avait autrefois vécu.

La fondation des Carmels de Mangalore et de Bethléem

En 1870, à l'âge de vingt-quatre ans, elle fut envoyée avec un petit groupe de sœurs pour fonder un Carmel à Mangalore, sur la côte sud-ouest de l'Inde. Le voyage prit des mois. Elle y prononça sa profession solennelle le 21 novembre 1871, toujours Sœur Marie de Jésus Crucifié, toujours la petite rien, et continua d'avoir des visions et de porter les plaies du Christ aux jours prévus.

Elle rentra en France en 1872, puis repartit en 1875 pour la mission qui allait consumer le reste de sa vie : fonder un Carmel à Bethléem, dans la ville même de la naissance du Christ. Un terrain fut acquis grâce à une bienfaitrice française. Mariam elle-même, illettrée et mystique, dessina les plans du monastère dans la poussière de la cour, indiquant à l'architecte où chaque mur et chaque chapelle devaient s'élever. Les chrétiens locaux disaient que la Petite Arabe bâtissait sa maison au pied de la crèche de son Seigneur.

Elle portait les pierres. Elle parlait arabe avec les ouvriers. Elle chantait des hymnes populaires que les chrétiens palestiniens et libanais aiment encore, dans le dialecte de Galilée. Le Carmel de Bethléem est toujours debout sur la crête où elle l'a planté, et sa fondation est souvent rappelée comme un petit miracle : une mystique aux pieds nus posant la pierre de ses propres mains en Terre Sainte.

Sa mort et sa canonisation

Le 22 août 1878, alors qu'elle portait de l'eau aux ouvriers du monastère de Bethléem, elle tomba dans un escalier en colimaçon et se brisa le bras gauche. La gangrène s'installa en quelques jours. Elle avait trente-deux ans. Elle mourut le 26 août 1878, calme et lucide, murmurant le nom de Jésus et le nom du Saint-Esprit.

Elle fut béatifiée par le pape Jean-Paul II le 13 novembre 1983 dans une cérémonie qui remplit la place Saint-Pierre. Vint ensuite un processus plus lent : une enquête vaticane sur ses écrits, des enquêtes médicales sur une guérison inexpliquée attribuée à son intercession, et enfin le décret qui l'éleva aux autels de l'Église universelle.

Le pape François la canonisa le 17 mai 2015, avec trois autres nouveaux saints, place Saint-Pierre. Des chrétiens palestiniens vinrent de Bethléem, de Nazareth, d'Ibillin. Elle devint la première sainte canonisée du monde chrétien arabophone de l'ère moderne, une fille de Palestine offerte comme sœur à l'Église entière. Sa fête est célébrée le 26 août, jour de sa mort.

Prière et dévotion

Ses écrits reviennent sans cesse au Saint-Esprit. Voici une prière souvent attribuée à elle, tirée de ses notes dictées.

Saint-Esprit, inspirez-moi. Amour de Dieu, consumez-moi. Sur la vraie route, conduisez-moi. Marie, ma mère, regardez-moi. Avec Jésus, bénissez-moi. De tout mal, de toute illusion, de tout danger, préservez-moi.

Vous pouvez lui adresser une courte intercession quand votre propre cœur vous semble trop petit pour Dieu :

Petite Arabe, petite rien, priez pour moi. Enseignez-moi la confiance qui vous a portée d'Ibillin à Bethléem. Envoyez le Saint-Esprit dans ma faiblesse, et faites-moi aimer comme vous avez aimé.

Si vous portez une tempête intérieure, vous pouvez tisser son nom dans une prière pour l'anxiété ce soir, et la laisser veiller à vos côtés.

Une sainte pour notre temps

Mariam Baouardy parle avec une clarté peu commune au XXIᵉ siècle. Elle était une chrétienne arabophone dans une terre où les chrétiens se font de moins en moins nombreux. Elle était illettrée à une époque qui adore les diplômes. Elle était une femme dont l'autorité spirituelle ne venait pas d'une chaire, d'une école ni d'une signature, mais d'une vie cachée à l'intérieur d'un Carmel.

La Terre Sainte qu'elle aimait demeure, à l'heure où ces lignes sont écrites, un lieu d'épreuve pour les familles chrétiennes. Son Carmel de Bethléem est toujours là. Ses sœurs chantent encore ses hymnes arabes. Sa langue maternelle, le continuum araméen-arabe dans lequel le Christ lui-même prit racine, demeure vivante sur les lèvres des Melkites et des Maronites de Galilée et du Mont-Liban. Si cette langue vous intéresse, notre essai sur l'araméen de Jésus est une bonne suite, tout comme notre brève introduction à la tradition maronite, ses voisins dans la prière et la patrie.

Elle nous rappelle que Dieu choisit les petits. Elle nous rappelle que le Saint-Esprit se meut encore. Elle nous rappelle que les saints n'ont pas besoin d'être savants, seulement amants.

Questions fréquentes

Qui est Sainte Mariam Baouardy ?

Sainte Mariam Baouardy (1846-1878) était une mystique grecque melkite catholique et carmélite déchaussée, née en Galilée et connue sous le nom de Petite Arabe. Elle a fondé les Carmels de Mangalore en Inde et de Bethléem en Palestine, a porté les stigmates, et a été canonisée par le pape François en 2015 comme la première sainte arabophone moderne de l'Église catholique.

Quand Mariam Baouardy a-t-elle été canonisée ?

Mariam Baouardy a été canonisée par le pape François le 17 mai 2015 place Saint-Pierre. Elle avait été béatifiée auparavant par le pape Jean-Paul II le 13 novembre 1983.

De quoi Mariam Baouardy est-elle la sainte patronne ?

La tradition et la dévotion populaire l'associent à l'œuvre missionnaire, aux chrétiens de Terre Sainte et à la dévotion au Saint-Esprit. Beaucoup la prient aussi pour l'Église persécutée, pour les chrétiens arabophones, et pour ceux qui se sentent trop petits ou trop cachés pour compter.

Quels miracles sont attribués à Sainte Mariam Baouardy ?

Le miracle le plus connu est sa propre survie : à treize ans, sa gorge fut tranchée à Alexandrie, et elle attribua sa guérison à une vision de la Vierge Marie. Durant sa vie carmélite, elle fut témoin de stigmates, d'extases et de lévitations. Le miracle retenu pour sa canonisation fut la guérison médicalement inexplicable d'une femme palestinienne.

Quand est la fête de Sainte Mariam Baouardy ?

Sa fête est célébrée le 26 août, anniversaire de sa mort au Carmel de Bethléem en 1878.

Si son histoire levantine vous accompagne, marchez avec les saints libanais qui partageaient sa patrie et sa langue de prière. Saint Charbel Makhlouf et Sainte Rafqa sont ses voisins spirituels à tous les sens importants.

Marchez avec les saints de Terre Sainte

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