Noël maronite : le Temps de la Glorieuse Nativité
Dans l'Église maronite catholique, Noël n'est pas un seul matin. C'est le cœur de tout un temps liturgique appelé Zaman al-Milad al-Majid, le Temps de la Glorieuse Nativité, qui se déploie lentement de la mi-novembre jusqu'au Baptême du Seigneur au début de janvier.
Bien vivre le Noël maronite, c'est entrer dans ce rythme plus long. Les dimanches de l'Annonce, le blé semé à la Sainte-Barbe, le Qurbono de minuit, les plateaux de maamoul et enfin l'eau bénie au Ghatas appartiennent tous à une seule et même histoire.
Le Temps de la Glorieuse Nativité
Le calendrier maronite ne pense pas Noël comme un jour qui surgit soudain. Il pense en temps liturgiques, chacun ayant sa propre teinte de sentiment. Noël appartient au Temps de la Glorieuse Nativité, en arabe Zaman al-Milad al-Majid, lié en syriaque au cycle plus ancien du Yaldo.
Ce temps commence par le dimanche qui suit l'Annonce à Zacharie, à la mi-novembre, et se clôt à la fête du Baptême du Seigneur (Ghatas) le 6 janvier. Le jour de Noël se tient près du milieu, tenu de part et d'autre par la préparation et par la lumière qui suit.
Ce qui traverse toute cette étendue, c'est un seul mouvement : la promesse à Zacharie, le message à Marie, la rencontre de deux mères, la naissance du Précurseur, la naissance du Seigneur et la voix venue du ciel au Jourdain. Pour la forme complète de l'année dans laquelle ce temps s'inscrit, voir notre guide sur le calendrier liturgique maronite.
Les dimanches de l'Annonce (Zaman al-Bishara)
L'équivalent maronite de l'Avent s'appelle le Cycle de l'Annonce, Zaman al-Bishara. C'est spirituellement une préparation comme l'Avent romain, mais sa forme est nettement syriaque. Chaque dimanche porte le nom de son évangile, et chacun ouvre une scène de la venue du Christ.
1. Le dimanche de l'Annonce à Zacharie
Le cycle s'ouvre avec le vieux prêtre Zacharie dans le sanctuaire, recevant la nouvelle que sa femme âgée Élisabeth enfantera un fils. Zacharie ne peut y croire et se trouve frappé de mutisme jusqu'à ce que l'enfant soit nommé. L'année maronite commence dans ce silence, le silence d'une promesse si grande qu'elle ôte la parole.
2. Le dimanche de l'Annonce à Marie
La scène se déplace à Nazareth. L'ange Gabriel vient à Marie, et elle répond : Qu'il me soit fait selon ta parole. La tradition maronite traite ce dimanche avec une tendresse particulière ; les hymnes sont douces, et la Vierge Mère est présente tout au long du temps qui suit.
3. Le dimanche de la Visitation
Marie se lève et va en hâte vers la région montagneuse de Judée pour visiter Élisabeth. Deux grossesses se rencontrent, et l'enfant dans le sein d'Élisabeth tressaille. Le Magnificat est chanté. Dans les foyers libanais, la lecture est parfois accompagnée de visites aux parents âgés durant la semaine qui suit.
4. Le dimanche de la Naissance de Jean-Baptiste
Élisabeth enfante son fils. Les voisins demandent quel sera son nom, et Zacharie, toujours muet, écrit sur une tablette : Son nom est Jean. La langue se délie, et la prophétie recommence. Certaines communautés maronites réunissent ce dimanche au suivant afin que le cycle tienne exactement en quatre dimanches.
5. Le dimanche de la Révélation à Joseph (Généalogie de Jésus)
Le dernier dimanche de préparation lit l'ouverture de l'évangile de Matthieu : la longue lignée des générations d'Abraham à David jusqu'à Joseph, et le message à Joseph dans un songe. C'est un dimanche de noms et de lignée, d'ascendance recueillie tout entière dans une seule naissance.
Ensemble, ces dimanches conduisent les fidèles du silence dans le temple à une généalogie dans un songe. Quand arrive la veille de Noël, l'oreille est déjà accordée.
La Sainte-Barbe : l'ouverture du temps de Noël (4 décembre)
Dans les foyers chrétiens libanais, le temps de Noël commence non pas au premier dimanche de l'Annonce mais à la veille du 4 décembre, la fête de sainte Barbe. Barbe était une jeune femme du troisième siècle dont le père, un noble païen, l'emprisonna dans une tour à cause de sa foi et finit par la tuer. Son histoire a voyagé avec les chrétiens du Levant, et sa fête est devenue le seuil du temps de Noël.
À la veille, les enfants revêtent des habits colorés et vont de maison en maison en chantant les vieilles ritournelles, dans une tradition parfois décrite comme la cousine levantine du « des bonbons ou un sort » mais enracinée dans la mémoire d'une martyre. Dans chaque maison, on distribue des sucreries et des pièces, et l'on appelle les voisins par leur nom.
Le plat du soir est un pudding de blé sucré appelé lui aussi Barbara, préparé avec des grains de blé bouillis, du sucre, de la cannelle, de l'anis, des noix, des grains de grenade et des raisins secs. Il se sert chaud dans de petits bols et se partage avec quiconque se présente à la porte.
La plus belle coutume est la semaille du blé. De petits plats de grains de blé, ou de lentilles et de pois chiches, sont mis à tremper et déposés sur du coton dans des barquettes peu profondes, puis gardés dans l'obscurité et arrosés délicatement pendant trois semaines. Les pousses vertes montent à temps pour la veille de Noël, quand les plats sont placés autour de la crèche familiale : la semence cachée dans l'obscurité, la vie qui monte doucement, la verdure posée autour du berceau de l'Enfant.
La veille de Noël (Layl al-Milad)
La veille de Noël maronite, Layl al-Milad, est un jour d'attente silencieuse. Dans les foyers pratiquants, la veille est tenue comme un jeûne léger : seulement de la nourriture végétarienne après midi, sans viande ni laitage, jusqu'au Qurbono de minuit. Les enfants aident à achever la crèche, à placer les bergers et l'étoile, et à disposer les barquettes de jeunes pousses vertes cultivées depuis la Sainte-Barbe.
À la tombée de la nuit, la famille se rassemble pour un repas chaud avant l'église. On sert des soupes, du mjaddara, des pâtés salés et de petits plats plutôt qu'un festin lourd ; la grande table est réservée au lendemain. Il règne dans la maison le sentiment d'une nuit qui retient son souffle.
Puis la famille marche vers le Qurbono de minuit. La Divine Liturgie maronite de la Nativité est chantée en syriaque et en arabe, avec les antiques hymnes du Yaldo, la Nativité, qui donnent au temps son nom syriaque. Les cloches sonnent au moment de l'élévation, et l'église, parée de blanc et d'or, est comble.
Quand la famille rentre après minuit, on partage souvent un premier petit avant-goût de la fête : un morceau de maamoul, un sahlab chaud, un verre d'arak ou de vin. Le jeûne est achevé. Noël est arrivé.
Le jour de Noël (Eid al-Milad al-Majid)
Le jour de Noël lui-même s'appelle Eid al-Milad, la fête de la Nativité, ou plus complètement Eid al-Milad al-Majid, la Glorieuse Nativité. Dans bien des paroisses, une seconde Divine Liturgie est célébrée le matin pour ceux qui n'ont pu assister à celle de minuit.
Le salut maronite traditionnel du jour est al-Masih wulid, et la réponse est haqqan wulid, ce qui signifie le Christ est né, vraiment né. Il fait écho au salut pascal al-Masih qam, haqqan qam, et il s'échange avec un baiser sur les deux joues, à l'église comme au seuil de la porte, tout au long du jour.
Le reste de la journée appartient à la famille. Les longs déjeuners commencent vers midi et s'étirent jusqu'au soir. Les grands-parents président ; les enfants courent d'une pièce à l'autre avec leurs nouveaux cadeaux. On appelle les proches absents à travers les fuseaux horaires, et la diaspora et la montagne se retrouvent, pour quelques heures, dans la même pièce.
Les mets du Noël maronite libanais
Chaque table de Noël libanaise est un peu différente, mais certains plats portent la fête. Ce que l'on sert dépend du village d'origine, du pays de la diaspora et de la manière dont la famille a gardé ses propres traditions au fil des générations.
Maamoul. De petits biscuits de semoule fourrés de dattes, de noix ou de pistaches et frappés de moules en bois qui passent de mère en fille. On les cuit pour Noël puis de nouveau pour Pâques, et leur parfum de fleur d'oranger et d'eau de rose est l'un des signes les plus clairs de la saison.
Taboulé. La grande salade de persil, faite de boulgour fin, de tomates, de menthe, de citron et d'huile d'olive. C'est un incontournable de tout festin libanais et il trouve toujours sa place sur la table de Noël.
Kibbeh nayeh. De l'agneau ou du bœuf cru pilé avec du boulgour et des épices, servi avec de l'huile d'olive et des feuilles de menthe. Toutes les familles ne le servent pas à Noël, mais dans certains foyers c'est une tradition chérie du jour de fête, préparée uniquement avec la viande d'un boucher de confiance.
Sfouf. Un gâteau de semoule d'un jaune vif parfumé au curcuma et garni de pignons ou de sésame. Il est ancien, humble et honnête, et il a sa place dans toute cuisine de montagne à Noël.
Gâteau de Noël. Selon la famille, ce peut être une bûche de Noël à l'occidentale (un héritage français), un cake épicé aux fruits, ou un gâteau au chocolat libanais pour les enfants.
Sahlab. Une boisson lactée chaude épaissie à la racine d'orchidée ou à la fécule de maïs, saupoudrée de cannelle et garnie de pistaches concassées. Sur le chemin du retour du Qurbono de minuit, le sahlab est la boisson de la saison.
Le Baptême du Seigneur (Ghatas, 6 janvier)
Douze jours après Noël, le Temps de la Glorieuse Nativité se clôt par la fête du Baptême du Seigneur, appelée Ghatas, d'un mot syriaque signifiant immersion. Dans la tradition orientale, cette fête pèse autant que Noël lui-même, car c'est au Jourdain que le Père parle, que l'Esprit descend et que le Christ est révélé au monde.
À la Divine Liturgie du Ghatas, l'eau est bénie par de longues et belles prières. Dans bien des paroisses, le prêtre traverse l'église en aspergeant les fidèles ; dans certaines communautés maronites, l'eau bénite est ensuite portée en procession vers une rivière ou une source voisine. Au Liban, surtout dans les villages de montagne, la cérémonie se tient encore en plein air quand le temps le permet.
Les familles rapportent chez elles de petites bouteilles d'eau bénite et les gardent pour l'année. On l'emploie pour bénir une maison nouvelle, un proche malade, un nouveau-né, ou une chambre où quelqu'un est dans le deuil.
Avec le Ghatas, le temps se clôt, mais sa lumière demeure. Le calendrier maronite se tourne alors vers le Temps ordinaire et, en son heure, vers le Grand Carême maronite.
Comment vivre ce temps à la maison
Que vous soyez dans un village du district de Batroun ou dans un petit appartement à São Paulo, à Paris ou à Sydney, le Temps de la Glorieuse Nativité peut se vivre simplement et magnifiquement dans un foyer familial.
Adaptez une couronne de l'Avent aux dimanches de l'Annonce. Allumez une bougie à chaque dimanche du Cycle de l'Annonce, en nommant l'évangile du jour : Zacharie, Marie, la Visitation, Jean-Baptiste. Ajoutez une bougie blanche centrale pour la veille de Noël.
Semez du blé à la Sainte-Barbe. Au soir du 3 décembre, faites tremper une petite poignée de grains de blé et déposez-les sur du coton humide dans un plat peu profond. Gardez-le à l'obscurité et arrosez-le délicatement chaque jour. Pour la veille de Noël, les pousses vertes seront assez hautes pour être placées autour de votre crèche.
Tenez la veille comme un jeûne léger. Un simple repas végétarien l'après-midi du 24 décembre, une marche ensemble vers la messe, et une petite douceur partagée au retour. Le contraste entre le jeûne silencieux et la fête soudaine est tout le sens de cette nuit.
Faites du maamoul en famille. Même une petite fournée suffit. Les moules frappés, l'odeur de l'eau de fleur d'oranger et l'heure de travail partagé transforment une cuisine en un lieu de tradition.
Priez le Ma'amoudito au Ghatas. La bénédiction baptismale maronite peut être priée avec un bol d'eau au matin du 6 janvier. Bénissez chaque membre de la famille d'une goutte, en vous rappelant le jour de leur baptême et la voix venue du ciel qui a dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé.
Pourquoi le Noël maronite est différent
La date est la même que celle du rite romain, mais la forme de la célébration est singulière. Le Noël maronite est un temps plus qu'un jour, ouvert par les dimanches de l'Annonce et clos par le Baptême du Seigneur. Les hymnes syriaques du Yaldo portent un ton plus ancien que les cantiques latins, et le salut al-Masih wulid, haqqan wulid est la langue même que l'enfant de la crèche allait grandir à parler.
La Sainte-Barbe, le blé semé, les plateaux de maamoul et le Qurbono de minuit dans une église de montagne alourdie d'encens font tous partie de ce que ce temps signifie. Pour les lecteurs qui découvrent cet héritage, voir aussi notre guide sur la tradition maronite.
Questions fréquentes
Quand a lieu le Noël maronite ?
Le Noël maronite est célébré le 25 décembre, à la même date que le rite romain, puisque l'Église maronite est en communion avec Rome. Ce qui le distingue, c'est que Noël n'est pas un seul jour mais le cœur d'un temps liturgique plus long appelé le Temps de la Glorieuse Nativité (Zaman al-Milad al-Majid). Ce temps s'étend du dimanche qui suit l'Annonce à Zacharie jusqu'au Baptême du Seigneur (Ghatas) le 6 janvier.
Qu'est-ce que le Temps de la Glorieuse Nativité ?
Le Temps de la Glorieuse Nativité, en arabe Zaman al-Milad al-Majid, est l'équivalent maronite de l'Avent et du temps de Noël réunis. Il commence à la mi-novembre avec le Cycle de l'Annonce (Zaman al-Bishara) et se clôt au Baptême du Seigneur le 6 janvier. Ce temps conduit l'Église à travers l'annonce, l'attente, la naissance et la révélation du Christ au Jourdain.
Que sont les dimanches de l'Annonce ?
Les dimanches de l'Annonce sont les quatre dimanches de préparation avant Noël dans le rite maronite, chacun avec son évangile nommé. Ils commémorent l'Annonce à Zacharie, l'Annonce à Marie, la Visitation de Marie à Élisabeth, la Naissance de Jean-Baptiste et la Révélation de la Généalogie de Jésus. Certaines communautés fusionnent ou réordonnent les deux derniers pour que le cycle tienne exactement en quatre dimanches.
Que mangent les Maronites à Noël ?
Les tables de Noël maronites libanaises comportent généralement du maamoul (biscuits de semoule fourrés de noix, de dattes ou de pistaches), du taboulé, du sfouf, un gâteau de Noël et du sahlab. Certaines familles conservent la coutume plus ancienne du kibbeh nayeh le jour de la fête, bien qu'elle ne soit pas universelle. Le repas de la veille de Noël, dans les foyers pratiquants, demeure végétarien et léger jusqu'après le Qurbono de minuit.
Qu'est-ce que la Sainte-Barbe ?
La Sainte-Barbe, la fête de sainte Barbe le 4 décembre, ouvre le temps de Noël dans bien des foyers chrétiens libanais. Les enfants vont de maison en maison déguisés, les familles préparent un plat de blé sucré appelé lui aussi Barbara, et de petits plats de blé sont mis à germer pour que de jeunes pousses vertes croissent à temps pour la crèche de Noël. La coutume tisse la mémoire de la martyre du troisième siècle dans le commencement du temps de la Nativité.
Voir aussi : Le Grand Carême maronite (Soum al-Kabir). La Semaine sainte maronite (Hasho). Le calendrier liturgique maronite. La Divine Liturgie maronite (Qurbono). La tradition maronite.