Bienheureux Estephan Nehmé

Dans les collines du Liban, où les monastères s'accrochent aux flancs des montagnes et où la prière s'élève avec la brume du matin, l'Église a produit des saints d'une intensité extraordinaire. Mystiques, érudits, ermites qui ont jeûné pendant des décennies. Mais parmi eux se trouve un homme qui n'a jamais prêché de sermon, jamais écrit une seule page, et jamais célébré la Messe. Son nom était Estephan Nehmé, et son chemin vers la sainteté était pavé de terre, de sueur et de silence.

Le Bienheureux Estephan est parfois appelé « le saint du travail ordinaire ». Il a passé toute sa vie religieuse comme frère convers, cultivant les champs, préparant les repas et transportant à pied des provisions entre les monastères. Il n'a détenu aucun titre et n'a cherché aucune reconnaissance. Pourtant, ceux qui vivaient à ses côtés ressentaient quelque chose de remarquable dans sa présence. À sa mort en 1938, son corps fut plus tard trouvé incorrompu. En 2010, le pape Benoît XVI l'a déclaré Bienheureux.

Son histoire est un rappel silencieux que la sainteté ne requiert pas de scène. Parfois, elle ne demande qu'une paire de mains disponibles.

Premières années

Youssef Nehmé est né le 8 août 1889 à Lehfed, un petit village de la région de Jbeil au Mont-Liban. Comme la plupart des familles de la région, la sienne était maronite catholique, et la foi était tissée dans le rythme de la vie quotidienne. Les montagnes de Jbeil étaient depuis longtemps un bastion du christianisme maronite, et les monastères qui parsemaient le paysage étaient aussi familiers que les oliveraies en terrasse.

Peu de choses sont consignées sur l'enfance de Youssef, ce qui convient à un homme qui ferait de la cachette sa vocation. Ce que l'on sait, c'est qu'il fut attiré par la vie religieuse dès son jeune âge. Les monastères près desquels il grandit n'étaient pas des institutions lointaines. C'étaient des communautés vivantes où les moines travaillaient la terre, priaient la liturgie et servaient les villages environnants.

En 1905, à l'âge de seize ans, Youssef entre à l'Ordre libanais maronite. Il prend le nom religieux d'Estephan, forme arabe d'Étienne. Dès le début, ses supérieurs reconnaissent que ses dons ne se situent pas dans les activités intellectuelles mais dans le service physique et fidèle. Il ne sera pas envoyé étudier la théologie ni se préparer à l'ordination. Il servira comme frère convers, consacrant sa vie au travail manuel qui maintient les communautés monastiques en vie.

Une vie de service

Pendant plus de trois décennies, Estephan a servi dans plusieurs monastères du Liban, dont Kfifan, Mayfouq et d'autres appartenant à l'Ordre libanais maronite. Ses affectations étaient toujours les mêmes : les tâches dont personne ne voulait. Il cultivait les terres du monastère, plantant et récoltant des cultures qui nourrissaient sa communauté. Il cuisinait les repas dans la cuisine du monastère. Il portait de lourdes charges de provisions entre les monastères, souvent à pied à travers un terrain montagneux escarpé.

Dans une tradition monastique qui valorisait l'érudition et l'excellence liturgique, Estephan occupait l'échelon le plus bas. Les frères convers étaient essentiels au fonctionnement de la vie monastique, mais ils ne partageaient pas le prestige des moines ordonnés. Ils ne célébraient pas les sacrements ni n'enseignaient dans les scolasticats. Ils travaillaient.

Estephan n'a jamais montré de ressentiment envers cet arrangement. De l'avis de tous, il l'a pleinement embrassé. Il se levait avant l'aube, s'acquittait de ses devoirs avec un soin méticuleux, et remplissait les heures entre les tâches par la prière. Ses frères moines remarquaient qu'il traitait chaque corvée comme un acte sacré. Qu'il pétrisse du pain ou qu'il débarrasse un champ de pierres, il apportait la même attention silencieuse.

L'humble frère

Ce qui distinguait Estephan n'était aucun événement dramatique unique, mais la constance de son caractère. Il parlait peu. Quand il parlait, c'était avec douceur. Il obéissait à ses supérieurs sans hésitation, même lorsque leurs instructions semblaient arbitraires ou difficiles. Il n'a jamais cherché une affectation plus confortable ni ne s'est plaint des efforts physiques de son travail.

Ceux qui l'ont connu décrivent un homme qui rayonnait d'une paix inhabituelle. Il n'était ni sombre ni renfermé. Il souriait facilement et manifestait une véritable bonté envers tous ceux qu'il rencontrait, des frères moines aux villageois qui venaient au monastère chercher de l'aide. Mais il y avait une profondeur dans son silence qui suggérait une riche vie intérieure, dont il ne parlait jamais et qu'il n'avait jamais besoin d'expliquer.

Dans la tradition monastique maronite, cette qualité porte un nom : l'esprit de la cachette. Elle fait écho aux années cachées du Christ à Nazareth, aux décennies de labeur silencieux avant le début de tout ministère public. Estephan semblait comprendre, sans que personne ne le lui enseigne, que Dieu pouvait être trouvé non seulement dans la chapelle mais aussi dans le champ, la cuisine et le long chemin entre les monastères.

« Il n'a jamais cherché à être remarqué. Il ne cherchait qu'à être fidèle. »

Mort et incorruption

À la fin des années 1930, la santé d'Estephan commence à décliner. Des années de travail physique incessant avaient marqué son corps. Il continue de travailler tant qu'il en est capable, sans jamais demander de repos ni de traitement de faveur.

Estephan Nehmé meurt le 30 août 1938 au monastère de Kfifan, dans le nord du Liban. Il avait quarante-neuf ans. Sa mort fut calme et sans éclat, à l'image de sa vie. Il fut enterré dans le cimetière du monastère, et pendant un temps, le monde continua son cours.

Mais lorsque son corps fut plus tard exhumé, il fut trouvé incorrompu. Ses restes ne s'étaient pas décomposés comme on aurait pu s'y attendre. Dans la tradition catholique, l'incorruption corporelle a longtemps été considérée comme un signe de sainteté. Ce n'est pas une exigence pour la béatification, mais cela attire l'attention sur une vie qui aurait autrement pu être oubliée. Dans le cas d'Estephan, c'était comme si Dieu avait apposé un sceau sur la sainteté de cet homme qui avait vécu si discrètement que presque personne ne l'avait remarqué.

Béatification

La cause de béatification d'Estephan Nehmé fut ouverte dans les décennies qui suivirent sa mort, à mesure que la dévotion envers lui grandissait parmi les fidèles au Liban. L'enquête examina sa vie, ses vertus et les miracles attribués à son intercession.

Le 27 juin 2010, le pape Benoît XVI béatifia Estephan Nehmé lors d'une cérémonie qui attira une large attention au Liban et dans toute la diaspora maronite. Il devint le quatrième membre de l'Ordre libanais maronite à être élevé aux autels, rejoignant Saint Charbel Makhlouf, Saint Nimatullah al-Hardini et Sainte Rafqa.

Sa béatification revêtait une signification particulière. Alors que Charbel était un ermite, Nimatullah un érudit, et Rafqa une femme qui embrassait une souffrance extraordinaire, Estephan n'était qu'un travailleur. Son élévation disait quelque chose de puissant sur la compréhension qu'a l'Église de la sainteté : qu'elle n'est pas réservée aux exceptionnels ou au dramatique. Elle peut être trouvée dans les circonstances les plus ordinaires, vécue par les personnes les plus modestes.

Sa fête est célébrée le 30 août, anniversaire de sa mort. Le monastère de Kfifan continue d'accueillir les pèlerins qui viennent prier sur son tombeau, y compris de nombreux fidèles des communautés maronites de France, du Québec et de la diaspora francophone.

Questions fréquentes

Qui était le Bienheureux Estephan Nehmé ?

Le Bienheureux Estephan Nehmé (1889 – 1938) était un frère convers maronite libanais qui a consacré sa vie au travail manuel, à la prière et au service humble dans plusieurs monastères du Liban. Il n'a jamais été ordonné prêtre mais fut béatifié par le pape Benoît XVI en 2010 pour son extraordinaire sainteté trouvée dans la vie ordinaire.

Quand Estephan Nehmé a-t-il été béatifié ?

Estephan Nehmé a été béatifié le 27 juin 2010 par le pape Benoît XVI. Il est le quatrième membre de l'Ordre libanais maronite élevé aux honneurs des autels, rejoignant Saint Charbel, Saint Nimatullah al-Hardini et Sainte Rafqa.

Quelle est la fête du Bienheureux Estephan Nehmé ?

Sa fête est célébrée le 30 août, anniversaire de sa mort en 1938 au monastère de Kfifan, dans le nord du Liban.

Pourquoi Estephan Nehmé est-il considéré comme saint s'il n'a jamais été prêtre ?

La sainteté d'Estephan Nehmé ne venait pas de l'ordination ou d'écrits théologiques mais de la manière dont il vivait chaque instant. Il transformait les travaux des champs, la cuisine et le transport des provisions en actes d'adoration par son obéissance, son silence et sa prière constante. Sa béatification affirme que la sainteté est accessible à tous, quels que soient le rang ou le rôle.

Où repose le Bienheureux Estephan Nehmé ?

Le Bienheureux Estephan Nehmé est vénéré au monastère de Kfifan, dans le nord du Liban, où il est mort le 30 août 1938. Son corps fut trouvé incorrompu lors de son exhumation, et le monastère continue d'accueillir des pèlerins du Liban et du monde entier.

Voir aussi : Saint Charbel Makhlouf, Saint Nimatullah al-Hardini, et Sainte Rafqa, autres saints maronites libanais. Découvrez la tradition maronite.

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